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PCF LAVAUR

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TEMOIGNAGE D’UN EDUCATEUR DE LA pjj

1er décembre 2006


Christophe Caron, éducateur à la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) dans un foyer d’action éducative d’Arras (Pas-de-Calais) et secrétaire départemental du SNPES-FSU (syndicat national des personnels de l’éducation et du social de la PJJ, majoritaire).

Que pensez-vous du projet de loi sur la prévention de la délinquance actuellement débattu à l’Assemblée nationale ?

Ce que l’on reproche au texte proposé par Nicolas Sarkozy, c’est qu’il ne traite absolument pas de la prévention [de la délinquance]. C’est un argumentaire essentiellement répressif qui y est développé. Le travail en amont, celui des éducateurs de rue dans les quartiers, celui des associations qui font du soutien scolaire, rien de tout de cela n’est abordé. C’est avant qu’il y ait des délits de commis qu’il faut mener des projets éducatifs.

En mettant au centre du dispositif le maire [le texte prévoit que les maires aient désormais accès à des informations confidentielles que seuls les travailleurs sociaux détenaient jusque-là], ce projet de loi va obliger les travailleurs sociaux à faire de la délation, et nous refusons de le faire. Le travail des maires ne consiste pas à faire la police et certains refusent d’assumer ces responsabilités. D’ailleurs, d’aucuns nous ont rejoints pour dénoncer ce texte.

Que pensez-vous de la procédure de comparution à délai rapproché, sorte de comparution immédiate pour les mineurs de 16 à 18 ans ?

La principale caractéristique de la justice des mineurs, c’est de donner du temps au mineur pour prouver qu’il peut être dans autre chose que dans l’acte qu’il a commis. Il n’est pas un délinquant mais un jeune dont la personnalité est encore en construction. Avec ce dispositif, le mineur sera réduit à ce qu’il a fait. Il ne sera pas jugé au regard de sa personnalité, mais sur une enquête rapide de personnalité, et les juges devront statuer là-dessus.

Quand un jeune est placé six mois chez nous [au sein des foyers d’action éducative], avant qu’il ne soit jugé, nous effectuons un travail d’investigation auprès de la famille, nous travaillons sur la question de la culpabilité avec lui, nous essayons de lui faire comprendre qu’il a commis un acte grave et nous essayons surtout de le remettre en selle. Et lorsqu’il passera devant le juge pour enfants, ce dernier ne le jugera pas uniquement sur les faits qu’il a commis mais au regard de tous ces éléments. Si on nous retire ce temps éducatif, le mineur sera jugé uniquement sur ses actes, comme un majeur, alors qu’il est encore une personnalité en devenir.

Votre fonction d’éducateur risque-t-elle de changer avec ce texte ?

Nous trouvons particulièrement inquiétant la création des centres éducatifs fermés (CEF) et des établissements pénitentiaires pour mineurs dont il est fait mention dans le texte. Il y a sept EPM qui doivent ouvrir en 2007, dont un dans le Pas-de-Calais. Ces établissements, qui accueilleront soixante mineurs, seront gérés par l’administration pénitentiaire. Il y aura donc du personnel pénitentiaire qui y interviendra mais également du personnel de la PJJ, comme des éducateurs ou des professeurs techniques.

Nous dénonçons donc le mélange des genres. On ne peut prendre pas le risque d’assimiler prison et PJJ dans la tête des jeunes, pour qui les éducateurs finiront par être des matons. On risque de passer d’une fonction d’éducateur à une fonction d’agent de probation. Comme dirait Michel Foucault, on va nous demander de surveiller et de punir. Et là, nous ne serons clairement plus dans notre champ d’intervention éducatif.

Estimez-vous, à l’instar de Nicolas Sarkozy, qu’il était nécessaire de réformer l’ordonnance de 1945 sur laquelle repose la justice des mineurs ?

Mais l’ordonnance de 1945 a déjà été modifiée plus d’une vingtaine de fois ! C’est un coup politique qui est fait avec ce texte ! Bien sûr que les mineurs ne sont plus ceux de 1945, mais ce sont toujours des êtres en devenir. Et ils sont peut-être encore moins matures qu’en 1945, une époque où les jeunes travaillaient plus tôt, partaient plus tôt de chez leurs parents, s’assumaient plus tôt... La société a changé mais ce n’est pas forcément plus facile pour les mineurs d’aujourd’hui. C’est peut-être même pire !

Par exemple, c’est très difficile aujourd’hui pour eux de trouver un stage, d’autant plus quand ils sont suivis par un éducateur. A force d’entendre que les jeunes sont dangereux, les gens ne veulent plus s’engager. Tout est lié. Et la seule réaction que ces jeunes aient trouvée - attention, je ne l’excuse pas -, c’est la violence. Mais en ces temps électoraux, il y a une autre réponse possible : le droit de vote. J’espère seulement qu’ils s’en saisiront.

Propos recueillis par Raphaëlle Besse Desmoulières Article paru dans "le Monde".


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