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PCF LAVAUR

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CONSTRUIRE UN AVENIR POUR LA JEUNESSE D’AUJOURD’HUI

22 octobre 2006


Les lois Perben votées en 2002 et en 2004 ont donné un tour considérablement répressif à la Justice des Mineurs. Elles sont l’aboutissement d’un courant sécuritaire qui, depuis les années 90 tend à faire des jeunes en difficulté les boucs émissaires des maux de notre société.

Peu à peu l’insécurité est devenue le thème majeur des discours politiques et les jeunes ont été désignés comme les principaux responsables de cette insécurité.

Les vieux démons sont revenus avec leur cortège de solutions simplistes et mensongères. Au prétexte d’un soit-disant laxisme, on a réhabilité l’éducation sous la contrainte et la privation de liberté est devenue la condition nécessaire de l’accompagnement éducatif. Les vieilles solutions, qui ont prouvé leur inefficacité, sont aujourd’hui parées de vertus novatrices.

Ainsi sont réapparus les Centres Fermés qui maintenant seraient éducatifs ; mais il ne suffit pas de mettre un éducateur auprès d’un jeune pour faire oeuvre d’éducation. Depuis longtemps, les professionnels savent que l’action éducative a besoin d’une autonomie de pensée et s’élabore en fonction de la singularité de chaque jeune au sein d’un travail en réseau avec l’environnement.

Les Centres "Educatifs" Fermés ont pour unique finalité la mise à l’écart et l’enfermement des jeunes et l’action éducative vient après coup cautionner ce qui n’est rien d’autre qu’un choix sociétal. Dans ces structures, les jeunes vivent leur placement comme une relégation, eux qui sont si souvent à la recherche d’une place dans leur famille, dans la société ; certains d’entre eux se soumettent, d’autres se révoltent : ce sont autant de chances gâchées pour une rencontre éducative authentique surtout lorsque leur opposition à la prise en charge se solde par une incarcération, comme cela est prévu dans le système des Centres Fermés,.

Aujourd’hui les Centres Fermés, bientôt les Etablissements Pénitentiaires pour Mineurs : ce sont 420 places en détention supplémentaires, alors que les discours officiels ne cessent de proclamer la nécessité de réduire l’incarcération des mineurs. Sans craindre les paradoxes, on nous affirme aussi que ces prisons "modernes" seront le véritable point de départ de l’insertion sociale des jeunes en difficulté car là, des moyens énormes seront dégagés.

Pourquoi alors ne pas mettre ces moyens au service des structures existantes de la PJJ : centres de jour, hébergements éducatifs, accueil en semiautonomie, prises en charge innovantes ?

La construction d’un seul EPM de 60 places équivaudrait à :

- 6 foyers éducatifs de 10 places

- 8 services d’insertion professionnelle, soit 250 mineurs pris en charge

- 10 services de milieu ouvert, soit 1500 jeunes suivis

- Résorber les listes d’attente dans tous les services.

Ce sont là, des modalités de prise en charge qui ont fait la preuve de leur efficacité alors que la prison, elle, n‘apprend qu’à y retourner.

Autre paradoxe que celui qui consiste à revendiquer l’éducatif partout et dans le même temps à favoriser les peines et les condamnations pour les mineurs en les traitant comme des majeurs.

Ainsi la Justice des Mineurs est-elle vidée de son sens. Sa spécificité qui consistait jusqu’alors à prendre en compte la personnalité du mineur et son contexte de vie afin d’y réinscrire l’acte délinquant est profondément remise en cause par les mesures actuelles destinées avant tout à rassurer l’opinion publique même si elles s’avèrent inefficaces pour l’évolution du jeune.

Tous ces doubles discours, cette volonté d’affichage masquent mal une idéologie qui considère les individus comme seuls responsables de leurs actes, y compris les mineurs qu’il suffirait alors de dresser, de redresser, par le biais de méthodes et de discours « comportementalistes » où leur humanité est niée,.

C’est une idéologie qui vient justifier des choix politiques dépourvus de toute ambition sociale. Quels moyens donne-t-on à l’école pour une vraie politique de prévention de l’échec scolaire ?

Quand parle-t-on de l’extrême difficulté si ce n’est l’impossibilité pour une partie de la jeunesse de ce pays d’accéder au travail, au logement, à la santé, à la culture ? Quand parle-t-on de la situation de précarité, voire de pauvreté de la grande majorité des familles dont ces jeunes sont issus ? Pourtant offrir de véritables perspectives sociales est une condition indispensable pour redonner l’espoir à ces jeunes et les aider à sortir de la délinquance.

Au contraire, aujourd’hui, la pénalisation des plus fragilisés tient lieu de solution à la crise sociale et les valeurs d’individualisme remplacent celles de solidarité, plongeant une partie de la population dans une exclusion durable. L’écart est immense entre la philosophie progressiste à l’origine de l’ordonnance du 2 février 45 relative à l’enfance délinquante et les régressions profondes auxquelles nous assistons aujourd’hui.

Nous, personnels de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, magistrats, travailleurs sociaux, syndicalistes, militants associatifs, de partis politiques, d’organisations de jeunesse, refusons la situation qui est aujourd’hui faite à la jeunesse en difficulté et appelons à la mobilisation :

- Pour reconstruire une politique ambitieuse d’éducation et de prévention qui tienne compte des enseignements du passé au lieu de détruire tout ce qui a été capitalisé par la PJJ

- Pour exiger l’abandon du programme CEF

- Pour empêcher la construction des EPM : pas un seul EPM ne doit ouvrir !

- Pour réorienter les moyens actuellement destinés à plus d’enfermement vers le développement, la création et l’innovation dans les structures existantes éducatives et de prévention

- Pour l’abrogation des lois Perben

La vie ne s’apprend pas en prison : osons l’éducation !

Les premiers signataires sont : Ligue des Droits de l’Homme, Syndicat de la Magistrature, Fédération Sud Santé Sociaux, Syndicat National des Psychologues, FSU et ses syndicats (EPA, SNEPAP, SNICS, SNPES-PJJ, SNUCLIAS, SNUAS-FP), association Intermèdes, Jacques BOURQUIN historien, Jean-Jacques YVOREL chargé d’études, Laurent MUCCHIELI sociologue, Alain BRUEL ancien juge des enfants.


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